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mercredi 22 juillet 2015

:: La doula et la césarienne ::

Quand le korrigan est né, j'avais une doula à mes côtés. Elle m'a choyé, aidé à me laver, m'a aidé à m'occuper de mon bébé, me l'a passé et aidé à le mettre au sein, m'a massé. Et même si le korrigan est mon deuxième enfant, sa présence n'avait pas de prix. D'ailleurs j'ai su que désormais mes propres accompagnements, ma pratique, changeraient car j'avais eu une doula à mes côtés pour cette grossesse et cet accouchement. Paradoxal quand on pense que j'accompagnais déjà des femmes enceintes depuis environ quatre années.

Depuis le korrigan, j'ai accompagné de nombreuses femmes dont certaines qui m'ont demandé d'être leur doula pour leur césarienne alors que moi je n'avais accouché que par voie basse. Je n'ai pu que m'imaginer des besoins de ces femmes alors qui allaient mettre au monde leur bébé par voie haute. A ce moment là, quand il fallait y aller, je ne me posais pas de question: je prenais mon sac de doula et je partais pour être aux côtés de ces femmes, ces couples qui allaient rencontrer leur bébé. Mais ça c'était avant et du coup je me demande si j'étais bien positionnée, si j'étais une bonne doula ou pas. 

J'ai eu ma césarienne. Et comme nous l'avions souhaité, nous avions une doula à nos côtés. Initialement, elle aurait dû être à nos côtés pour une naissance déclenchée par voie basse en soutien émotionnel au père et pour moi aussi un peu quand même. Sauf que la catastrophe s'est abattue sur nos têtes et que là, heureusement qu'il y a eu notre doula à nos côtés. 

Là, où elle aurait pu se dire qu'elle n'avait plus sa place et que l'urgence médicale avait pris le dessus sur la physiologie, elle est resté dans la salle d'attente pendant des heures pour avoir des nouvelles. 

Quand le viking s'est retrouvé en peau à peau avec le farfadet en salle de naissance pendant qu'on me recousait, notre sage-femme est venu la chercher et elle a guidé le viking dans ses premiers pas de papa, elle les a bombardé de photos et de vidéos. Et en faisant ça, elle a créé quelque chose qui n'a pas de prix pour moi: elle m'a créé des souvenirs que je n'ai pas pu vivre moi-même car j'étais sous anesthésie générale. Avec le sage-femme, elle est devenue gardienne de ma mémoire pour deux heures. Deux heures, ce n'est rien dans une vie, et pourtant ces deux heures là correspondent aux deux premières heures de mon fils. Ces moments, ces cris, ces regards que je n'aurais pas vus, pas entendus.

Elle était là à travers le téléphone quand j'étais en salle de réveil et qu'on m'a apporté le téléphone du viking pour me montrer des photos du farfadet. Elle était là en m'envoyant des messages et des photos en me disant à quel point il était beau et à quel point le viking assurait dans sa nouvelle tâche de père et que le lien se faisait entre eux.

Elle était là pour le farfadet quand le papa a du prendre l'air et elle l'a relayé avec ses bras bienveillants et aimants et je lui suis reconnaissante d'avoir ouvert ses bras à mon fils quand j'en était pas capable. Elle était là pour me le mettre dans les bras avec son père quand j'ai enfin pu faire connaissance avec lui. Elle était là quand elle a amené le troll et le korrigan faire connaissance avec leur petit frère et elle m'a amené un petit panneau avec les premières photos du farfadet, pour moi des pièces manquantes du puzzle de cette naissance traumatique.

Elle était là pour prendre de mes nouvelles quand j'étais à la maternité.

Elle était là  pour qu'à mon retour on puisse reparler de notre vécu à tous: le viking, le farfadet et moi avons tous les trois vécu cette naissance d'une manière si violemment opposé et en reparler avec elle nous a permis de faire le lien. Elle a écouté et réécouté cette histoire qu'elle avait déjà entendu par bribes avec patience et bienveillance et a su accueillir en pudeur les larmes quand elles s'invitaient discrètement dans la conversation. Et vue que c'est une doula parfaite, elle est venue avec des repas tout faits pour que nous n'ayons pas à nous préoccuper de ça.  Et là je me dis, heureusement qu'elle était là. Pour lui. Et pour lui. Et pour moi. Pour nous.

Je ne sais si moi j'aurais été à la hauteur si j'avais vécu cette situation. Et si aujourd'hui ma pratique changera encore dans mes accompagnements, notamment de césarienne, ça sera grâce à elle. Merci S.



lundi 20 juillet 2015

:: 20 trucs qu'on ne m'avait pas dit sur la césarienne ::

Je suis doula depuis un peu plus de 6 ans maintenant. Au fil de ma pratique, des mamans ont fait appel à moi pour que je les accompagne durant leur césarienne, programmée à chaque fois, et récidivistes pour certaines. A aucun moment je ne me suis posée la question de la justesse de mon accompagnement par rapport au fait que je n'avais pas eu de césarienne. 

Puis il y a un peu moins de deux semaines, je l'ai eu ma césarienne. Comme je le décrivais ici, de manière urgente, de manière violente, de manière mammouthesque. 


Et à mon réveil, j'ai découvert qu'il y avait un monde secret, un monde caché de la césarienne que tu ne soupçonnes pas tant que tu ne l'as pas vécu toi-même. Comme un secret non-dit, comme un tabou, que aucune de mes formations ne m'avait appris. Tant de choses que j'aurais aimé savoir, ne serait-ce que pour pouvoir les transmettre à mon tour. Ce jour est venu, j'ai appris ces choses de la manière dure et il est temps pour moi de lever le voile sur ces non-dits de la césarienne. Ces anecdotes s'appliquent pour mon cas, une césarienne d'urgence sous anesthésie générale, peut-être que tu t'y retrouvera, peut-être que tu as vécu le contraire et dans ce cas je serais curieuse de connaître ton ressenti et expérience et mettre à jour cet article. La césarienne est un tel ovni dans le paysage obstétrical pour les mères...
  1. Ca fait mal! Sans déconner. Oui, tout le monde sait qu'il s'agit d'une intervention chirurgicale pendant laquelle on t'ouvres la peau du bide et que oui, potentiellement, ça fait mal. Sauf que là tu dérouilles ta mère en slip et que les morphiniques qu'on te file dans la perf' c'est pas du luxe!
  2. Quand tu as eu une anesthésie générale et que tu te réveilles dans le coaltar, ne soit pas étonnée d'avoir des douleurs et des courbatures à la mâchoire, à la gorge et et aux épaules. C'est dû à l'intubation et au fait d'avoir mis ton corps rapidement dans une situation imprévue pour gérer l'urgence (tête basculée en arrière, trachée écrasée à la main par l'anesthésiste pour faciliter l'intubation et préserver cordes vocales et trachée)
  3. Ne sois pas étonnée si après une anesthésie générale (AG pour les intimes) tu n'arrives plus à crier, voir hausser la voix et que tu as perdu en débit de paroles. Tout va plus au ralenti soudainement.
  4. Pareil à un accouchement par voie basse, on va t'appuyer fortement sur l'abdomen pendant plusieurs jours. En effet, même si ton gentil obstétricien t'as retiré un bébé et un placenta et autres joyeusetés comme caillots de sang et compagnie, l'utérus continuera à saign(ot)er et tu auras droit à de belles lochies comme pour une voie basse, même si moins intenses en quantité. De même que tu auras le droit d'avoir une jolie rééducation du périnée car tout comme la nana qui a accouché par voie basse, tu l'as porté pendant neuf mois ton bébé et il t'a bien appuyé sur le kiki. He oui, pas de traitement de faveur ma belle!
  5. Ton régime alimentaire va prendre de toutes nouvelles tournures inattendues: bouillon de légumes, biscottes, potage, compote,... et ce tant que tu n'auras pas fait des jolis prout. En effet, la césarienne, pour une raison obscure pour l'instant a mes yeux stoppe tout transit intestinal. Du coup, il te  paraîtra étrange que chaque soignant que tu croises te demande si tu as fait popo. Ça peut aussi mener à des concours étrange avec ta voisine de chambre à celle qui fera le prout le plus sonore.
  6. D'ailleurs, de tes vents intestinaux dépendra aussi le retrait de ta perf' et de la réintroduction d'une alimentation normale comme des produits laitiers, du pain, etc...
  7. Puis, il se peut aussi que tu doives investir dans des masques à gaz, car texture et odeur seront altérées pour un moment. 
  8. Tu n'auras pas de pansement sur ta cicatrice, qui elle ne sera pas si grande que ça, pour ma part une quinzaine de centimètres. Ca pourra te paraître étrange d'avoir la cicatrice à l'air avec tes agrafes ou fils résorbables, mais cela accélérera la cicatrisation.Tu peux même te mettre des jolies compresses imbibées de lait maternel qui est antiseptique, antifongique et stérile et parfaitement adapté à ton corps.
  9. Tu seras dans le déni: au début tu auras du mal à regarder ta cicatrice, encore plus la toucher, à l'imaginer. Il faudra du temps, beaucoup de temps et je n'en suis pas encore là.
  10. Au début, chaque changement de position te paraîtra impossible, douloureux et tu béniras les lits médicalisés qui font le boulot à ta place: s'asseoir, s'allonger, mettre les pieds par terre, etc.
  11. Selon l'incision que ton obstétricien t'as faite, tu sera ou pas capable d'accoucher par voie basse pour une grossesse suivante, car selon l'endroit, ton utérus sera plus ou moins fragilisé. 
  12. Plus jamais de ta vie de femme gravide (enceinte pour le commun des mortels), tu ne seras déclenchée (youpi) car ton utérus est cicatriciel et cela serait trop violent pour lui. Ce qui signifie que soit tu te mettras en travail naturellement et tu auras un superbe AVAC (accouchement par voie vaginale après césarienne) sans trop de médicalisation, soit une nouvelle césarienne
  13. Il te seras beaucoup plus difficile de trouver une sage-femme qui accepte de te suivre pour un projet d'AVAC à domicile (surtout si tu es en surpoids, qu'il s'agit d'un quatrième enfant et que tu as tendance à faire des bébés de 4 kilos)
  14. Tu auras la chtouille. Merci la morphine. Ça soulage les douleurs à merveille et comme l'Ibupr*fène, tant que tu n'as que du colostrum, tu peux en demander pour te soulager. Par contre il y a le revers de la médaille: tout te gratte! L'intérieur des mains, les fesses, les mollets, la peau du crâne. J'ai tout inspecté, je n'ai ni poux, ni galle, ni allergie, ni infections ou autre. Ce sont juste les effets secondaires de la morphine. Et bonne nouvelle: plus tu as eu de morphine, plus ça te gratte!
  15. D'ailleurs en (re)parlant de fesses (après les prouts), à force d'être allongée tu peux choper des escarres et/ou une jolie allergie au plastique du matelas. Youpi! Ajoutez un joli slip filet taille unique plus adapté au fessier de Gisèle Bündchen qu'au popotin de la Gwarc'h et te voilà recyclé en pub Justin Brid*u. 
  16. Tu peux t'assoir sur toute notion de pudeur: Sachant que ta cicatrice doit rester à l'air et que tu seras fagotté d'un superbe slip filet imitation résille qui montre plus qu'il ne cache avec une énorme garniture qui déborde à l'intérieur, un nichon toujours à l'air entrain de faire téter ton héritier, il y a de fortes chances que aussi bien la sage-femme qui passe te faire les soins que la personne qui t'apporte le repas ou Tata Ginette qui passe assouvir sa curiosité et te claquer une bise qui pique, te voit dans cet attirail.
  17. Tu pourras ne plus te sentir maîtresse de ton corps: ça commencera aux premiers levers, ou tu seras accompagnée par un/e soignante/e, que ce soit pour ton premier pipi (une fois désondée) ou ta première douche. Le contact de la main de ton amoureux sur ton corps pourras te paraître bizarre et réparateur en même temps. Vue que ton corps aura été ouvert, il se peut qu'il lui faille du temps pour retrouver ses limites corporelles et c'est là où le toucher affectif et aimant de ton/ta partenaire aura son importance pour t'aider à te redéfinir.
  18. Tu pourras allaiter dès qu'on te présenteras ton bébé, en effet le produit anesthésiant n'étant pas contre-indiqué, même si tu auras besoin  d'aide, même si tu ne pourras pas allaiter dans toutes les positions.
  19. Et pour terminer: ce n'est pas parce que tu n'as pas démoulé ton bébé par le vagin et que tu ne l'as pas vu, le temps de te remettre de ton anesthésie, que tu ne tomberas pas éperdument, viscéralement amoureux de ce petit être qui t'auras manqué le temps de te réveiller, mais à qui tu auras manqué aussi et qui seras heureux de se blottir contre toi!
  20. Tu ne seras plus jamais la même femme. Il y a la femme avant la césarienne avec un bébé dans le ventre et la femme après la césarienne avec un bébé et une cicatrice sur le ventre et toutes ces émotions qui la chamboulent et qui la traversent. Tout le reste n'est que secondaire. Et avec tout le reste, ça veut dire les commentaires de tout les gens bien intentionnés qui n'ont jamais été césarisés.

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