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mardi 7 avril 2015

:: Les œufs en Jade ::

Je reposte ici un vieil article qui avait eu un succès fou sur mon ancien blog (je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans...). Le sujet faisant encore et toujours l'actualité dans mon quotidien, il me semblait justifié de le reposter ici. Bonne lecture ;)

Alors accrochez vous Mesdames, car la Gwarc'h va parler sexualité aujourd’hui. Oui, oui, vous avez bien lu : sexualité. Et non pornographie. La sexualité est un facteur important dans l’épanouissement de notre vie et dans l’appropriation de notre corps. Mais attention, là aussi j'annonce la couleur clairement : elle ne va pas parler masturbation, mais connaissance de notre anatomie et physiologie. En gros, la méthode dont je vais vous parler aujourd’hui, ressemble dans les gestes à ceux utilisés pour la rééducation périnéale, et à le même intérêt de l’exploration de notre organe sexuelle que la méthode contraceptive des indices combinés. Aujourd’hui, roulement de tambour, je vais vous parler des œufs de Jade. Les Taoistes utilisaient les œufs en Jade pour renforcer leur région sexuelle pour augmenter leur Ching Chi (énergie sexuelle) et leur force vitale. En même temps, les exercices avec les œufs en Jade permettaient de développer la force intérieure et le contrôle de leur propre sexualité. Après avoir introduit l’œuf dans le vagin, celui-ci est bougé par vos muscles pelviens de haut en bas. Cela conduit au renforcement des muscles périnéens. Ainsi, des problèmes de fuites urinaires ou même de descentes d’organes, peuvent être évités, voir rééduqués. Donc au final, le concept est proche de celui des boules de Geisha, mais ca, j'en parlerai dans un autre post. Cette Gymnastique intérieure permet de renforcer les muscles du Chi et de contrôler ses fonctions. Elle permet aussi d’apprendre à contrôler ces muscles comme l’utérus dont on avait oublié qu’on pouvait les contrôler. Ceci s’avère particulièrement intéressant lors de menstruations douloureuses. En fait, il est tout à fait possible de faire ses exercices sans l’œuf en Jade. Mais l’œuf sert d’auxiliaire et de stimuli. De surcroît le poids (léger quand même hein !) permet de renforcer encore plus les muscles du bassin pelvien. C’est aussi une aide pour mieux ressentir (en fait, l’expression sentir passer serait peut-être plus figurative) les zones du bassin et de pouvoir mieux cibler les contractions de ces endroits.
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Ces fameux œufs sont soit en Jade, soit en une autre pierre précieuse ou semi-précieuse. Ils sont percés au milieu afin d’y passer un fil (la soie dentaire fait très bien l’affaire : hygiénique, facile à enfiler et disponible en chaque pharmacie, il faut juste veiller à changer le fil à chaque utilisation) pour pouvoir le retirer plus facilement, tel un tampon sans l’effet TCS. L’avantage de la ficelle permet aux utilisatrices de se rassurer qu’elles pourront bel et bien retirer l’œuf. Mais comme la Moon-Cup à laquelle on aurait coupé la tige (pour plus de confort), il est possible d’enlever le fil et de s’exercer à expulser l’œuf à l’aide de ses propres muscles pelviens. Quand au Jade, sa matière est intéressante car elle est incassable, de surface lisse et pas poreux. Ils se présentent sous deux tailles : une de 5 cm de long et 3 – 3,5 cm de diamètre : c’est la taille standard que la plupart des femmes peuvent porter en elle sans le perdre. La deuxième taille est plus petite : 4 cm de long et un diamètre de 2 – 2,5 cm. Il est conseillé pour des femmes qui ne peuvent introduire la taille supérieure (virginité, vaginisme, traumatisme, ménopause, …)

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Attention : concernant les matières, les œufs en bois, les vrais œufs de poule, des œufs laqués ou peints ou traités chimiquement sont plus que déconseillés : ce sont des œufs décoratifs et non hygiéniques. N’oubliez pas qu’il s’agit de votre muqueuse et que celle-ci est fragile (y a une règle qui dit que normalement vous ne devriez introduire dans votre vagin que ce que vous introduiriez dans votre bouche, mais là aussi, c’est critiquable). Évitez également les œufs en malachite, turquoise et chrysocole à cause de leur teneur toxique en cuivre, car elles peuvent mener à des inflammations. Il en va de même pour le lapis-lazuli qui est souvent teinté. Principalement on trouve pour cet usage des œufs en Jade, en Quartz Rose ou en Aventurine. Ces pierres ont des propriétés soignantes ayurvédiques comme suit:

Le Jade : raffermit les défenses immunitaires de la vessie et des reins, stimule la sensibilité sexuelle, soulage les migraines, effet apaisant général et curatif. Selon les textes ayurvédiques, le Jade a la capacité d’atténuer l’influence du mauvais karma.

Le Quartz Rose : renforce et apaise le muscle cardiaque. Renforce l’amour et la compassion et stimule l’imagination. Stimule la fécondité. Cette pierre est apaisante et féminine. Elle peut nous permettre de dénouer des blocages émotionnels et renforcer la spiritualité, la confiance en soi et la compréhension. Attention, le Quartz Rose n’aime pas être ébouillanté car il pourrait se briser. Mieux vaut le nettoyer dans une solution vinaigrée

L’Aventurine : renforce le calme et la patience, notre plénitude intérieure et extérieure. Cette pierre aide à se recentrer sur son milieu du cœur et à se débarrasser de certains schémas psychologiques.

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Il est évident de laver votre œuf après chaque usage. Après vous pouvez le laisser tremper selon la tradition taoïste afin qu’il se » recharge » en énergie. Je conserve le mien dans un joli sachet en toile rouge pour le recharger aussi d'énergie rouge dite  "utérine" et l'expose régulièrement au clair de lune pour le purifier et le nettoyer énergétiquement aussi. 

En moyenne ils coûtent 25 €uros la pièce et à ce jour, je n'ai trouvé qu'un revendeur en France et ce lors des Journées des Doulas 2012, mais je ne me souviens plus du nom du vendeur. Au besoin, je peux vous donner les coordonnées pour les commander en Allemagne par correspondance.

Alors, ça vous tente ce genre de rééducation pelvienne? Qu'en pensez vous? Votre avis m'intéresse sur le sujet!

lundi 16 mars 2015

:: Les mystères du khôl, ou comment se la péter avec le regard noir d'Orient ::

Tout le monde connaît le charme de ces yeux orientaux dont l'éclat s'augmente de cette ligne noire due à l'emploi du khôl, en usage dans tout le Levant. « Cette invention donne à l'œil un attrait tout particulier, je ne sais quoi de léonin et d'un peu farouche qui anime ces petites mines douces et régulières" disait Eugène Delacroix.


La légende en fait un présent de Allah : quand l'éclat du Seigneur parut sur le mont du Sinaï, il embrasa la montagne entière et en calcinant toutes ses pierres, les transforma en khôl... 

Le khôl (arabe كحل) est une fine poudre minérale dont la couleur varie du bleu nuit irisé au noir profond en passant par le gris anthracite selon les mélanges. Elle est obtenue en broyant une roche montagneuse minérale métallisée appelée sulfure d´antimoine. Une fois posé il devient noir.

Le khôl était le secret de beauté utilisé par des pharaons et par des reines car il donne au regard de luminosité et agrandit les yeux. Ils l´utilisaient aussi pour protéger les yeux des fortes réfractions de la lumière qui sont émies par le sable du désert et pour prévenir et soulager des infections oculaires


C´est grâce à ses composants qu´il fait une action de collyre et de nettoyage de la carotide de l’œil. Rapidement, le pharaon et ses sujets ont été conquis par la profondeur et le mystère que conférait le khôl à leur regard, si bien que femmes et hommes l'utilisaient pour se maquiller. On en trouve de nombreux exemples dans l'iconographie. Le khôl ou “mesdemet” ou fard bleu des pierres précieuses assurait l’intégrité, la solidité physique, la santé des égyptiens. Pour eux la cécité représentait un véritable fléau. Ainsi leur fard protégeait de la réverbération d’un soleil brûlant et intensément lumineux et empêchait les grains de sable ou les poussières diverses et variées de pénétrer dans les yeux. Ils restaient collés sur la paupière, prisonniers du bleu. Le tout premier bleu des artistes serait, dit-on le fard à paupières de la célèbre reine d’Egypte Cléopâtre, ce fard qui augmenterait le degré de vision et le sens de l’observation. Ce bleu souligne les limites du front là où commence la Pensée. Le “Bleu aux yeux” perpétue encore un rituel sacré. 


Au fil des siècles, le khôl a continué à être utilisé par les Arabes, les Berbères et par le Prophète Muhammad lui–même, si bien que de nos jours, certains hommes, des pèlerins surtout, se maquillent encore les yeux avec du khôl. Il est l´origine du crayon pour les yeux. 

La recette de cette poudre varie de l'Irak au Maroc, chaque région et chaque femme ayant sa propre recette. L'une des recettes classique consistait à mélanger en proportions égales du sulfate de cuivre, de l'alun calciné, du Zenjar et quelques clous de girofle, puis de réduire les différents ingrédients dans un mortier. Au Maroc, on y ajoutait de l'huile d'olive pour le rendre plus doux à l'application. Une autre recette est obtenu de la façon suivante : La poudre d'antimoine est d'abord fortement chauffé pour la rendre plus cassante. Elle est, par la suite pilée au mortier jusqu'à réduction en poudre. Cette poudre est arrosée d'eau de rose, pilée de nouveau après dessèchement. Elle sera soumise à plusieurs reprises à l'arrosage, au dessèchement et de pilonnage. L'opération est terminée par un tamisage fin. La poudre peut être mélangée à du musc, des noyaux de dattes des clous de girofle. Traditionnellement, les femmes tunisiennes qui préparaient elles même leur khôl, ajoutaient à la poudre obtenue de la poudre de perles, de la poudre de corail et surtout du noir de chauve-souris. Âmes sensibles s'abstenir : on jetait la chauve-souris vivante dans l'huile chaude jusqu'à, puis passée carbonisation au mortier et pulvérisée finement, pour être incorporée au khôl. La chauve-souris, «Touir el lil » : petit oiseau de la nuit, est choisi là certainement à cause de ses habitudes nocturnes et du pouvoir qui lui est attribué de voir à travers les ténèbres. En pratique son charbon apporte au khôl un élément gras susceptible de favoriser l'adhérence de la poussière d'antimoine, trop minérale et trop sèche.

Le khôl oriental est à l’origine des crayons khôls. Il est 100% naturel et permet d'obtenir un regard charbonneux en un trait de poudre, ce qui sont pas mal de points positifs pour la Gwarc'h qui non seulement aime les produits naturels, mais est un chouilla paresseuse sur les bords. Il existe d'ailleurs plusieurs textures de poudres (douces, épicées....) S’il est véritable, il est garanti sans ajout de composants chimiques et sa tenue est nettement supérieure aux crayons et khôl gras vendus dans les parfumeries et grandes surfaces. Que d’avantages donc pour cette poudre minérale !


MODE D'EMPLOI:


Traditionnellement, on l'applique en utilisant un bâtonnet en bois appelé mirwed. Introduisez le bâtonnet en bois dans le pot, tournez 2, 3 fois de manière a bien l'imprégner de poudre, retirez-le, placez-le dans le coin interne de l’œil sur le bord de la paupière inférieure et œil fermé, et faites-le glisser entre les 2 paupières (inférieure et supérieure) en étirant bien le trait. Mon ex-belle-mère m'avait conseillé d'enduire le bâtonnet de salive ou de le passer rapidement sous un filet d'eau pour faire adhérer le khôl. Et surtout ne pas imiter le va-et-vient célèbre avec lequel on massacre nos tubes de mascara, mais plutôt enfoncer le bâtonnet jusqu'au bout dans le flacon et retourner celui-ci en secouant légèrement. Ainsi la poudre de khôl adhère bien au bâtonnet! N'hésitez- pas à effectuez plusieurs vas et viens afin d'obtenir un effet plus ou moins soutenu. Vous pouvez également passer le bâtonnet sur la paupière supérieure pour obtenir un joli trait de type eye-liner. Notez que l’apparition de larmes, les premières fois est tout à fait normale, car due au nettoyage du globe oculaire. L’habitude et la pratique régulière de la pose du khôl règleront définitivement ce problème.

Le khôl est compatible avec le port des lentilles mais ce produit est déconseillé en cas de conjonctivite, orgelet et autres infections de l'œil ou de la paupière. Pour les novices le 1er essai ne sera peut-être pas concluant, ne vous découragez pas pour autant, réitérez l'opération à un autre moment.

jeudi 26 juin 2014

:: Méditation pour la femme pleinement réalisée ::

Ici et maintenant, je crée mon monde.
Je suis une très belle femme, d’une beauté qui ne pâlit pas.
Je l’ai méritée, découverte, libérée de la poussière, tel un joyau, l’ai ramassée et faite briller.
Pendant des années, je ne l’ai pas vue, même si je pressentais qu’elle était là.
Maintenant elle brille et s’épanouit.
Je suis en bonne santé, compétente, indépendante, forte et toujours aussi fragile, parfois terrassée par un soupir.
Mon corps est celui d’une créatrice, les angles rencontrant les courbes, la dureté glissant vers la douceur.
Je suis une mère, une Fille, une Sœur, une Amante pour moi-même.
Câline et courageuse, j’ouvre mon cœur.
Mon corps est ma maison, ma maison est un temple dédié à la vie, confortable, chaleureux et empli de trésors. 
Je suis le parfum des épices chaudes capté dans la brise, je suis les rires qui s’envolent par la porte.
Je partage seulement avec ceux qui m’honorent telle que je suis et je protège mon espace, mon temps et moi-même de ce qui m’envahit.
Je recherche mon centrage au milieu du chaos, pratiquant la paix même si les chiens sauvages hurlent dans mon esprit, j’utilise le pouvoir pour le plus grand bien, laissant aller ma colère en terrain neutre, sans avoir d’innocent en ligne de mire.
J’apprends comment être tenace et quand lâcher-prise, et je veux sentir toutes les émotions, intercepter leur intensité et exaltation, m’éveiller en chaque cellule, je n’ai plus peur de ma vie.
Ma beauté et ma force, toutes deux transcendent mon âge, le temps et peut-être même cette vie.
Chaque jour je suis nouvelle, encore plus en accord avec moi-même.
Ici et maintenant, je crée mon onde.



 De Karen ANDES A Women’s Book of Strength

lundi 24 juin 2013

:: Je vais avoir 30 ans... ::

Je vais avoir 30 ans. C'est la fin d'un truc et le début de quelque chose d'autre.

Je vais avoir 30 ans et c'est moi qui a fait il y a 30 ans de mes parents des parents.

Je vais avoir 30 ans et depuis mes 20 ans j'ai toujours eu un homme à mes côtés pour mon anniversaire, mais aucun d'eux ne m'a aimé assez longtemps pour que ce soit le même pendant ces 10 ans.

Je vais avoir 30 ans et de nombreux amis sont passés dans ma vie, certains sont partis, d'autres, si belles personnes, 5 ans, 10 ans, 15 ans après sont toujours à mes côtés et me comblent de leur amitié et leur amour. Je vous aime !

Je vais avoir 30 ans et j'ai fumé un nombre incalculable de clopes et bu un nombre plus calculable de verres.

Je vais avoir 30 ans et j'ai vibré sur des centaines de mélodies, rit avec de nombreux amis, pleuré de nombreuses larmes aux goûts sucré, salé, amer, parcouru des milliers de kilomètres et dansé et ne plus pouvoir sentir mes pieds.

Je vais avoir 30 ans et j'ai chanté, prié, crié, déçue, espéré, eu peur, eu confiance en moi, été en transe, triste, heureuse, amoureuse, vivante.

Je vais avoir 30 ans et j'ai perdu deux pères, j'ai enterré trois grand-pères.

Je vais avoir 30 ans et j'ai deux enfants, deux chats, deux yeux, deux bras, deux mains, deux jambes et encore toutes mes dents.

Je vais avoir 30 ans et j'ai déjà l'impression d'avoir vécu plusieurs vies, ici et ailleurs.

Je vais avoir 30 ans et je suis une femme comblée. J'ai trouvé non sans mal, enfin ma voie, celle de la transmission : de femme à femme, d'adulte à adolescent, de mère à enfant et je l'assume, car je suis telle.

Je vais avoir 30 ans et je suis une femme belle, forte, courageuse, fragile, forte, hideuse, merveilleuse, exceptionnelle, ombragée, colérique, passionnée, engagée et fertile.

Je vais avoir 30 ans, et malgré ces années passées si riches en tout, je me rends compte qu'au final le meilleur n'est qu'à venir.

samedi 5 mai 2012

:: Sous la Tente Rouge ::


Cela fait un moment que je souhaitais vous parler de la tradition des Ebawels, ou alors plus connues dans le milieu des Doulas, des "Tentes Rouges". A la base, un ebawel (j’aime la sonorité de ce mot) est un mot tamatchek (langue touareg) désignant un concept fondateur des cultures du désert. L'ebawel existe par opposition à l'essuf. L'essuf désigne la notion de désert, d'insécurité, d'inconnu, de danger. Alors, l’ebawel représente l'intérieur, le connu, la sécurité, la mère, la maison, la tête, la lignée, le creux où se niche l'animal, la cavité où brûle le feu, l'utérus, la femme. Avant les sécheresses et famines qui ont causé la ruine des populations touarègues, lorsqu'une jeune femme se mariait sa mère lui donnait son ebawel, c'est à dire une partie de sa propre tente pour que sa fille ne manque jamais de rien, qu'elle puisse être indépendante. Les biens d'ebawel, transmis de mère en fille, étaient sacrés : les hommes n'avaient aucun droit sur eux, mis à part de les faire fructifier si possible et ils étaient intouchables lors des razzias.
 
Oui, mais pourquoi tente rouge ?
 
La tente rouge est une référence à différentes traditions anciennes de regroupements des femmes en un lieu qui leur est dédié comme l’ebawel, pour célébrer les grands événements de la vie sexuelle d’une femme, puberté, grossesse, naissances, ménopause etc.

Aujourd’hui, Les "Red Tents", littéralement les "Tentes Rouges" en France sont un lieu de discussion privilégié aux femmes où elles peuvent se livrer en toute sécurité, toute confiance et sans jugement, sûre qu’elles seront écoutées et raconter leurs histoires de naissance dans une ambiance plutôt intimiste.
 
Voici une vidéo réalisée suite aux Tentes Rouges qui ont eu lieu lors des 6èmes Journées des Doulas à Paris fin mai 2008


Alors comment ca se passe ?
 
Une vraie tente rouge est dressée dans un lieu qui s’y prête of course, et habillé de manière cosy, feutrée afin de nous rappeler l’utérus de nos mères. Une « facilitatrice » (décidément, ce mot là je ne l’aime vraiment pas) vous y reçoit autour de douceurs et boissons chaudes pour nous permettre de nous sentir à l’aise et en confiance. La facilitatrice nous invite (ou pas) à tirer une lame du jeu "Féminitude" (par exemple, mais chaque facilitatrice a ses trucs et jeux) pour lancer les confidences.
 
Libre à chaque femme de parler ou pas, de se partager, se confier ou se taire, chacune étant responsable de ses paroles, mais aussi des paroles des autres, celles-ci lui étant confiées comme un trésor précieux. Chaque parole prononcée restera à l’intérieur de la tente rouge, il est interdit de rapporter à toute tierce personne ce qui a été dit dans la tente rouge sans l’accord de la personne qui s’est confiée. Ceci est scellé symboliquement par un ruban que les participantes à la tente rouge se nouent autour du poignet.

Je suis assez ennuyée, car cet exposé fait très scolaire, alors qu’une tente rouge, c’est entrer dans une autre dimension, un autre espace-temps régie par nos entrailles de femmes, qu’elles qu’on soit : vierge, mère, ancienne, chrétienne, musulmane, juive, athée, bouddhiste, grande, petite, grosse, mince, … bref, ce n’est ni sectaire, ni idéologique, ni politique, ni dangereux, c’est juste un espace de paroles pour les femmes, pour qu’elles ai le droit d’être femme jusqu’au bout des ovaires.
 

 

Pour aller plus loin:
 
Le roman d’Anita Diamant, La tente rouge, raconte l’histoire de
Dina fille de Jacob:

1500 av J-C, dans le désert, Dina fille de Jacob, vit dans l'ombre d'une tente, la tente rouge. Où les femmes se transmettent les rites, les secrets, ou l'homme est interdit d'accès. Dina est l'unique fille de Jacob et de ses quatre mères (qui sont toutes mariées au même homme). Elle grandira sous cette tente, à l’abri des villes, et des hommes (hormis ses frères et son père) Et découvrira le grand amour par hasard, ....

Il existe également une liste de discussion yahoo que vous pouvez rejoindre si vous êtes intéressés pour créer votre tente rouge : clic, clic ici! et une page FaceBook que je vous invite à rejoindre en cliquant ici!

à Virginie et Dali, mes facilitatrices, et à toutes les femmes qui se sont retrouvées ensemble sous la tente

mercredi 19 janvier 2011

:: Le chemin ::

Une énergie toute nouvelle émane de mon ventre. Un apprivoisemnt qui, à 26 semaines de grossesse a enfin eu lieu. Un sentiment d'évidence et de perfection, une attente qui devient enfin sacrée.
 
La journée devait se dérouler autrement. Le petit troll devait commencer son livre des saisons, mais au final il a préféré se replonger dans son livre, le picorer et se raconter comme pour lui-même la future venue du korrigan. Le téléphone n'a cessé de sonner: des soeurs de chemin qui appelent pour prendre des nouvelles, pour voir comment le chemin est parcouru, et s'il y a besoin d'une main pour nous aider à avancer encore plus. Mais je crois que nous nous sommes enfins rencontrés et l'un dans l'autre nous avancons.
 
Puis l'envie de dessiner nous a pris, l'un comme l'autre: son bébé noir pour lui ("car dans ton ventre il fait noir et on ne peut pas voir la couleur du bébé, Maman!") et pour moi cette femme au ventre plein et vide en même temps que je n'avais qu'à remplir pour lui donner enfin un sens.
 
Quand nous avons terminé notre activité, nous l'avons découverte: ronde, pleine et éclairant nos toits: consécration de Dame Nature de ce chemin que nous avions traversé à trois... La lune est entière et je me sens comme elle, belle et lumineuse ce soir. Je vois mon troll et le korrigan échanger un moment de complicité que je savoure tout autant, je me nourris d'eux et me dis que les choses sont justes, comme elles doivent l'être dans le meilleur des mondes.

 


samedi 16 mai 2009

:: Le placenta : entre oubli familial et investissement médical ::

La naissance est considérée par les anthropologues comme un moment privilégié qui donne lieu à de nombreux rites de passage. Moment paroxystique de la séparation entre le corps de la femme et celui du fœtus, l'accouchement provoque l'expulsion de l'enfant, suivi vingt à trente minutes plus tard de la délivrance. C'est aux matières issues de la délivrance, et plus particulièrement au placenta, que s'intéresse cette contribution. Les savoirs obstétricaux décrivent qu'une des faces du placenta s'insère sur la paroi de l'utérus. De l'autre face du placenta est issu le cordon ombilical relié au fœtus. Après la délivrance, le placenta et le cordon sont tous deux des reliquats matériels de la relation entre la femme et le fœtus au cours de la grossesse. Du point de vue anthropologique, ils représentent également des matières issues du corps humain et leur devenir est une question jamais laissée au hasard dans les sociétés d'hier ou d'ailleurs. Nous allons examiner les pratiques médicales proposées durant l'accouchement en maternité et la manière dont elles sont perçues par les femmes rencontrées à l'occasion d'une étude anthropologique sur la naissance dans un quartier populaire de Lille. 

Cet écrit n'aurait pas de sens si les connaissances initialement acquises au cours de mes études médicales et régulièrement réactualisées durant les années d'exercice professionnel en tant que médecin épidémiologiste à l'Observatoire régional de la santé où j'étais en charge des indicateurs de santé périnatale jusqu'à septembre 2000 n'avaient été interrogées par les entretiens avec les femmes du quartier de Lille-Moulins à l'occasion d'une recherche ethnographique sur la naissance préparée, vécue et commentée par ces familles. Rencontrées à plusieurs reprises : durant la grossesse, pendant le séjour en service de suites de couches, puis à domicile trois mois plus tard (Tillard, 2002) soixante-quinze femmes ont été interviewées à différents moments de la naissance. Avec deux d'entre elles, des relations ont été établies de manière plus durables. Elles se sont poursuivies au-delà de ces trois rencontres, permettant de poursuivre un dialogue complémentaire avec un petit nombre d'informatrices privilégiées faisant partie de leur entourage. 

Les pratiques médicales quant à elles, ont été appréhendées non seulement au cours du stage d'obstétrique, c'est-à-dire par l'observation et l'entraînement aux pratiques professionnelles lors du cursus médical, mais également entre 1995 et 1999 par des entretiens menés auprès des sages-femmes cadres et non-cadres, des médecins exerçant au bloc obstétrical, en service de suites de couches et en consultation prénatales, enfin par les discussions avec les élèves sages-femmes lors des cours d'anthropologie de la naissance. 

Quant au savoir anthropologique reposant sur les écrits des ethnologues, il a été porté à ma connaissance durant des études d'anthropologie sociale à l'EHESS, et approfondi à l'occasion de recherches bibliographiques en rapport avec la recherche présentée ci-dessus.
Les savoirs et les pratiques nécessaires à cette réflexion ont donc plusieurs sources permettant d'exposer la question du placenta en apportant différents points de vue. 
Le placenta : objet ethnographique et médical 

Une première phase d'exploitation des données effectuées à mi-parcours de la recherche, a relevé l'absence de parole des mères à propos du placenta. Dans les rencontres ultérieures, la conscience de cette absence d'évocation spontanée a permis d'explorer les perceptions de la délivrance, les représentations du placenta et des pratiques médicales en rapport avec cet objet. Au premier abord, le placenta est donc un grand absent… Et cette absence ne peut manquer de me surprendre à double titre. D'une part, le placenta est important du point de vue ethnographique - que ce soit dans l'histoire de l'accouchement en France ou dans d'autres contrées -, d'autre part, il est l'objet d'une grande vigilance de la part de l'équipe médicale.


La délivrance vue par les ethnologues 

Dans la littérature ethnographique, le placenta est célèbre. Traditionnellement, dans la France rurale, quand l'accouchement se déroulait à la maison, le placenta était enterré. Considéré comme le double symbolique de l'enfant, son ensevelissement (Loux, 1990 : 135) était associé à un vœu concernant les qualités de l'enfant, exprimé par le choix de la plante ou de l'arbre installé sur le lieu d'ensevelisse-ment de la délivre. À propos du mot " délivre ", Le Petit Larousse le signale comme un nom masculin. De même placenta et arrière-faix sont des termes masculins désignant le même objet. Cependant " délivre " est employé au féminin par les femmes (Loux, 1990 : 135 ; Verdier, 1990 : 305) et au masculin par les hommes ! (Gélis, 1984 : 285). Cet ensevelissement du placenta revenait au père qui, s'il n'assistait pas à l'accouchement, avait cependant un certain nombre de tâches à remplir. Si autour du lit, dans l'entourage proche de l'accouchée se trouvait un premier cercle de femmes, le père restait à proximité, assumait le transport du bois nécessaire au feu, était appelé pour voir l'enfant, puis ensevelir le placenta, c'est-à-dire participer activement à la naissance dans des actes importants tant d'un point de vue concret que symbolique. Les usages en matière de placenta s'inscrivaient dans une répartition sexuée des tâches. La pratique d'ensevelissement des matières issues de la délivrance relevait des relations entre hommes et femmes à propos de la naissance. 

Le placenta était un peu l'ombre du nouveau-né, trace de l'univers intra-utérin, aussitôt renvoyé au destin final du corps humain dans la tradition occidentale, la terre. Dans d'autres civilisations, cet acte de planter un arbre sur les matières fertiles qui constituent le placenta permet de faire prendre racine à l'arbre, perçu comme une autre composante de l'identité (Leenhardt, 1947 : 61-66). Des traces de cette représentation sont perceptibles dans les contes qui permettent de connaître le destin de la personne partie en voyage par l'examen de l'arbre planté sur le placenta. Que ce soit en ethnologie française ou dans l'ensemble des études anthropologiques, " le placenta, conçu comme lien entre la mère et l'enfant pendant la vie prénatale, et le cordon ombilical sont l'objet de pratiques rituelles, conformément aux théories locales sur la personne " (Belmont, 2003 : 5) 

Assez généralement, les précautions prises pour le traitement du placenta sont liées à l'idée que ce qui adviendra au placenta, adviendra par analogie à l'être humain qui vient de naître. Cette liaison irrémédiable est présente dans la tradition française qui recommande de ne pas brûler le placenta, de ne pas le jeter à l'eau, de ne pas le livrer aux bêtes. Cette même préoccupation est retrouvée par exemple chez les Inuits, s'étendant même au sang des règles (Dufour, 1988, p.37). 

Une coutume plus ancienne d'ingestion du placenta est rapportée. Destinée à rendre à la femme une partie des nutriments dépensés durant la grossesse, elle est évoquée par les historiens à propos des pratiques paysannes au Moyen Âge (Morel, Rollet, 1998, p.38). À visée galactogène, cette coutume a été rapportée dans les Abruzzes (Italie) au début du XXe siècle (Gélis, 1984 : 288). Cependant, l'ingestion du double de l'enfant fut condamnée dès le XVIe. Les gravures représentant le bain du nouveau-né mettent, parfois en arrière plan l'accouchée sur son lit à qui on apporte le repas rituel (Laurent, 1989 : 207) dont la composition comprend souvent un " gâteau fertile " de forme et de couleur proche de celle du placenta. Le nom même de placenta se prête à cette substitution puisque notre civilisation a retenu le terme latin signifiant " gâteau " ou " galette " pour désigner l'organe des échanges fœto-maternels, une analogie ayant été remarquée entre la forme du placenta et celle de la galette. 

Au travers de la pratique d'ensevelissement, probablement comme pour tous les déchets d'origine humaine, convient-il de veiller à ce que le placenta ne tombe pas entre des mains malveillantes. En effet, les pratiques de sorcellerie décrites par les ethnologues utilisent très souvent des fragments de tissus humains (cheveux, brisure d'ongles, sang menstruel, etc.) ou à défaut un vêtement porté. De ce point de vue, le placenta fait l'objet d'attention et constitue un point de fragilité pour le nouveau-né. Des usages détournés de cet ensevelissement sous forme de bizutage des hommes ont été relatés à propos d'une institution durant le XXe siècle (Le Grand-Sébille, 1996). Ces pratiques s'inscrivaient dans un ensemble de " situations rituelles dévoyées " qui stigmatisaient les mères et les enfants accueillies dans cette maternité départementale et cette maison maternelle. 

L'ensevelissement du placenta qui a précédé la médicalisation de la naissance reposait sur une analogie entre l'avenir du nouveau-né et le devenir de cette substance de l'accouchement, visualisé par la plante ou l'arbre se nourrissant de ces propriétés fertiles dont le fœtus avait bénéficié jusque-là. Cet acte témoignait des liens établis et persistants entre l'humain et son environnement physique. À l'occasion de la naissance, les pratiques observées jusqu'au cours du XXe siècle soulignaient donc ces liens perçus entre l'homme et la nature. David Le Breton dans Corps et Modernité présente ce modèle de représentation du corps en ces termes : " Dans les sociétés traditionnelles, le corps ne se distingue pas de la personne. Les matières premières qui composent l'épaisseur de l'homme sont les mêmes qui donnent sa consistance au cosmos, à la nature. Entre l'homme, le monde et les autres, une même étoffe règne avec des motifs et des couleurs différentes qui ne modifient en rien la trame commune. " (Le Breton, 1992 : 8) 

Par bien des aspects, la société traditionnelle française a vécu avec cette vision de l'individu. Les travaux de Françoise Loux rappellent ces liens privilégiés établis jusqu'au milieu de ce siècle entre les hommes et leur environnement. La modernité introduite par le siècle des lumières ne s'est pas imposée comme unique modèle de perception du corps et de l'identité. " L'homme se devait de respecter le cycle des saisons car il faisait partie intégrante de la nature. Ainsi, les almanachs et les calendriers anciens faisaient correspondre chaque âge de la vie à une saison : enfance et printemps, maturité et été, âge mûr et automne, vieillesse et hiver. Ces images étaient plus que de simples métaphores ; elles indiquaient que le corps humain croît et évolue de même façon que les végétaux. " (Loux, 1990 : 68). Dans le contexte de la naissance avant la médicalisation, le placenta est alors bien plus qu'une simple matière issue de l'accouchement. En effet, les pratiques d'ensevelissement renouaient ce lien symbolique entre environnement physique et corps humain. 

Nous retenons de ces savoirs ethnographiques à propos de la délivrance qu'ils s'inscrivent dans un modèle où prévalent les aspects relationnels : 


- Le placenta issu du corps féminin de la femme accouchant entouré d'un premier cercle de femmes est confié au père de l'enfant mettant en scène une répartition sexuée des tâches à la naissance ; 

- Le placenta enseveli par le père est un lien renoué entre la nature et l'enfant. Matière considérée comme fertile, devenue inutile au nouveau-né, le placenta également vu comme " double de l'enfant " nourrit une plante, un arbuste ou un arbre qui sera présent dans son environnement familier. 
La délivrance vue par les soignants 

Le savoir obstétrical et les pratiques associées se sont élaborés et répandus progressivement. Les premiers traités d'obstétrique ont porté une attention particulière au problème de la section du cordon ombilical et à la délivrance. Durant le XVIIIe siècle, ces écrits ont permis aux sages-femmes " d'apporter une aide technique véritable en sachant vérifier par exemple que le placenta était sorti en entier et pratiquer le geste salvateur adapté si la délivrance était incomplète " (Papiernik, 1995, p. 143). En prenant cet exemple pour illustrer les premiers pas de sa discipline, l'une des sommités de l'obstétrique de la seconde partie du XXe siècle souligne l'importance accordée à cette pratique médicale de la délivrance : vérifier la complétude d'un objet au décours de l'accouchement. 

Cette préoccupation pour la délivrance est présente dans l'Abrégé de l'art des accouchements écrit en 1773 par Marguerite Ducoudray, dans l'objectif de faire partager son expérience en tant que sage-femme et en tant que formatrice de ces professionnelles, et de permettre aux gestes obstétricaux de se répandre dans les campagnes des provinces françaises. 


" On prendra le cordon, après l'avoir enveloppé d'un linge sec, pour qu'il ne glisse pas, si l'on n'aime mieux en faire plusieurs tours à la main gauche, tandis que de la droite on le suivra en allongeant le doigt indice dessus jusqu'à l'entrée de la partie de la femme ; on le balancera à droite et à gauche, en le tirant tout doucement à soi pour qu'il se détache peu à peu. On recommandera à la femme de pousser doucement en bas, on la fera souffler dans la main ; et on lui frottera légèrement le ventre à la région de la matrice ; si l'arrière-faix n'est pas trop adhérent, il se détachera comme de lui-même, par ces différents moyens. (…) Après avoir examiné si l'arrière-faix est entier, on allongera les jambes de la femme, et on les rapprochera. " (p. 73-74) 

L'auteur revient au chapitre XXXIV sur les saignements après l'accouchement. 

" La perte de sang qui suit l'accouchement arrive souvent (…) pour avoir fait l'extraction du placenta avec trop de violence, ou enfin pour en avoir laissé quelques portions dans la matrice. Lorsque la perte survient, on ne doit rien négliger pour y apporter du remède : le plus certain est d'introduire la main dans la matrice, pour reconnaître si la perte est occasionnée par quelque corps étranger, soit par un faux-germe, ou quelque portion de placenta, soit par quelque caillot de sang. On doit être assurée qu'aussitôt que la matrice sera débarrassée de ces corps étrangers, la perte cessera. Néanmoins si malgré cela elle continuait, l'on tremperait des linges dans l'oxycrat, que l'on sait n'être qu'un mélange d'eau et de vinaigre, qu'on ferait tiédir, si la saison était froide ; on envelopperait avec ces linges les cuisses de la femme, et on passerait sous ses reins un autre linge mouillé de la même liqueur ". Plusieurs remèdes de la pharmacopée botanique sont ensuite proposés pour réduire l'écoulement sanguin. Ces remèdes indiquent la nécessité de faire tout ce qui est possible pour arrêter l'hémorragie tandis que " on lui [la mère] fortifiera le cœur " (p. 132-133), mais également les liens encore longtemps perceptibles entre végétaux et ressources médicamenteuses. Cependant ces liens conformes aux représentations traditionnelles du corps se complètent maintenant d'un regard plus organique qu'humoral. 

En effet, dans ce traité d'obstétrique de la seconde moitié du XVIIIe siècle, prévenir cette hémorragie meurtrière repose déjà sur l'expulsion de la totalité du placenta et des membranes qui l'accompagnent. La vision dominante n'est pas la relation entre l'enfant et le placenta. Nous sommes entrés dans une vision ontologique du placenta. Devenu inutile dès la naissance de l'enfant, cet organe est attendu avec la hantise d'une sortie partielle qui fait redouter l'hémorragie, voire la mort maternelle. 

Cette importance de la dimension ontologique est confirmée par les savoirs médicaux actuels. De nos jours, le placenta est vu par les médecins comme " l'organe d'échanges entre la mère et le fœtus. C'est un organe fœtal, né avec l'embryon " et est rangé comme le cordon ombilical parmi les " annexes ", c'est-à-dire " des formations temporaires destinées à protéger, à nourrir et à oxygéner l'embryon puis le fœtus, durant le temps de la vie intra-utérine " (Merger, Lévy & Melchior, 1979 : 18). Il assure les échanges sanguins entre le fœtus et la mère, les échanges gazeux, nutritifs et médicamenteux. Il joue un rôle hormonal et un rôle protecteur à l'égard de nombreux micro-organismes. Au moment de l'accouchement, il pèse environ 500 grammes et se présente comme une masse ronde. Sur la face fœtale, on distingue l'insertion du cordon. Après l'effacement du col de l'utérus et l'expulsion, la délivrance représente le troisième temps de l'accouchement. 

Ce résumé permet de percevoir que si la dimension relationnelle entre mère et enfant est bien reconnue durant la grossesse, le placenta est renvoyé à une réification exempte de dimension relationnelle une fois le fœtus expulsé. Le savoir médical lui reconnaît une fonction de relation entre la femme et l'enfant à naître durant toute la grossesse, mais efface cette propriété dès la naissance de l'enfant. 

Laplantine dans Anthropologie de la maladie propose un ensemble de quatre paires de modèles destinés à rendre compte de la complexité des représentations en matière de santé, de maladies et de modèles thérapeutiques. La première paire de modèles oppose le modèle " ontologique " au modèle " fonctionnel ou relationnel ". Il semble que les savoirs comme les pratiques traditionnelles et médicales en matière de placenta présentent une illustration de cette opposition entre les modèles relationnels et ontologiques. 
Pratiques médicales et témoignages maternels 
Pratiques médicales 

La construction des savoirs médicaux et des pratiques associées s'est affinée progressivement. Ainsi les premiers traités obstétricaux ont permis de contribuer à la diffusion du savoir d'une profession, celle de sage-femme qui peu à peu a remplacé les interventions traditionnelle de la " femme-qui-aide " décrite par Yvonne Verdier à Minot lors de son enquête durant les années 1970 (Verdier, 1979). Rémunérée en argent et non plus en biens, recevant une formation savante et non plus seulement celle de l'expérience, relayée par le médecin en cas de difficulté, la sage-femme contribue peu à peu à la médicalisation, puis à l'hospitalisation de la naissance qui s'est mise en place progressivement depuis la fin XIXe siècle jusqu'au début des années 80. 

L'hospitalisation de la naissance est un phénomène récent à l'échelle de notre société. Pour mémoire, l'accouchement en maternité a dû attendre 1875 et la fin des épidémies de fièvre puerpérale pour s'affirmer (Beauvalet-Boutouyrie, 1995). Ce n'est que progressivement au cours du XXe siècle que de plus en plus les femmes se rendent à l'hôpital pour accoucher. Au début du XXe siècle " moins de 10 % des accouchements avaient lieu à l'hôpital ou en clinique […]. En 1952 ; pour la première fois, une femme sur deux accouchait en milieu hospitalier : 532 pour 1000. Cette proportion, sera de 855 p. 1000 en 1962 et dépassera 950 p. 1000 dès 1968 " (Norvez, 1990 : 145). 

L'hospitalisation de la naissance a profondément transformé les relations humaines autour de la mère et du nouveau-né. Simultanément, elle a recréé à sa manière un rite de passage, socialisant la séparation physique des corps de la mère et du nouveau-né, reconstituant une période où la mère avec l'enfant se trouve à l'écart des activités quotidiennes qu'elles soient domestiques ou professionnelles, avant de leur permettre de trouver une nouvelle place dans la société. Sur ce point, même si la phase prénatale est l'objet d'attentions multiples, tandis que la période post-natale est de plus en plus brève, le séjour hospitalier reconstitue les séquences du rite de passage. 

De nos jours, dans un accouchement ordinaire, sans intervention de la sage-femme, le placenta est expulsé spontanément environ vingt minutes après la naissance de l'enfant. Or, dans la naissance à l'hôpital, la délivrance n'est pas spontanée comme elle le serait si la femme accouchait seule ; en effet, la sage-femme intervient pour guider la sortie du placenta : on parle alors de délivrance " naturelle ". Au premier abord, ce terme peut surprendre dans la mesure où laisser faire la " nature " supposerait attendre l'expulsion spontanée du placenta. Cependant, il s'explique mieux si on considère qu'on oppose la délivrance " naturelle " à la délivrance " provoquée " qui consiste à diminuer le temps entre la naissance du nouveau-né et l'expulsion du placenta par ajout dans la perfusion maternelle de substance chimique provoquant les contractions utérines. 

Après la délivrance, la sage-femme déploie les membranes et les examine ainsi que le cordon et le placenta. Ceci se passe près de la femme, car la sage-femme reste à proximité tout particulièrement tant qu'elle ne s'est pas assurée de l'intégrité du placenta. Comme nous l'avons déjà précisé, le risque de cette phase est l'hémorragie. Cependant, à cette attention méticuleuse au placenta, aux membranes et au cordon, le vocabulaire apporte un bémol. En effet, l'ensemble de ces trois éléments associés au liquide amniotique est désigné sous l'expression annexes du fœtus qui tend à donner à ces objets un aspect secondaire par rapport à l'intérêt que l'on porte à l'enfant. 

Le placenta a une destinée tout à fait particulière. Si on le considère comme une pièce anatomique d'origine humaine, on pourrait imaginer qu'il suit le même chemin vers l'incinérateur dans un crématorium habilité à cette tâche par les collectivités territoriales. Si on le voit comme un " déchet d'activité de soins ", on pourrait alors s'attendre à son prétraitement par des appareils de désinfection agréés par les ministères chargés du travail, de la santé, de l'environnement et de l'industrie, après avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France. C'est cette deuxième voie qu'il suit actuellement. 

Or, l'accouchement se déroulant en milieu hospitalier, et, pour ce qui nous concerne dans une zone urbaine d'un million d'habitants, le placenta a vu son cheminement singulièrement modifié. Pendant une époque, après la vérification de son intégrité, il était stocké dans un congélateur et partait bientôt pour entrer dans la composition de cosmétiques ou de produits pharmaceutiques. Il arrivait parfois que le service des grands brûlés ait recours au placenta pour certains cas afin de faciliter le bourgeonnement de la peau et sa cicatrisation. Ces usages renvoyaient à des représentations positives du placenta à qui notre société reconnaissait le pouvoir de protéger la peau que ce soit dans les applications quotidiennes des femmes dans un objectif esthétique ou dans l'intérêt médical pour la cicatrisation. Cette seconde utilisation a été mise en veilleuse avec la pratique des cultures cellulaires effectuées à partir de prélèvements de peau saine de la personne accidentée. 

L'avènement du Sida a jeté un discrédit important sur le placenta. Le placenta est détruit en prenant des précautions particulières : il est considéré comme produit à risque, potentiellement contaminé. Il est probable que la transmission à la fois sanguine et sexuelle du virus du Sida ait infléchi la vision positive du placenta, car celui-ci est vecteur de ces deux registres : le placenta est sanguin par sa composition et son aspect extérieur, il est un des produits de la conception donc de la relation sexuelle, il chemine à travers les voies sexuelles féminines au moment de la naissance. 

Nous voici à l'heure de la lutte contre les infections nosocomiales et plus particulièrement de la prévention du Sida, de l'hépatite B et de l'hépatite C. Le fait d'être ainsi mis au rang des écoulements sanguinolents d'origine féminine, potentiellement contaminés par le VIH, a conduit le placenta à emprunter les attributs péjoratifs souvent attribués au sang des règles (Verdier, 1979). Il n'y a plus de perception de la fertilité des composants du placenta, plus de rôle paternel dans son ensevelissement, plus de lien avec la recherche du nom de l'enfant (Lévi-Strauss, 1962 : 222). Le placenta semble alors être devenu un objet sanguinolent totalement inutile. Cependant, de nouveaux indices vont dans le sens de sa renaissance. La présence de cellules souches fœtales dans le placenta et le sang du cordon ombilical en fait une source possible de matière utile dans les cas de maladies nécessitant une greffe. Ainsi, des indications de greffe de tissus issus de la délivrance voient le jour dans certaines affections oculaires. 

À travers ces évolutions parfois successives, parfois concomitantes de la manière de considérer les produits de la délivrance, la vision ontologique du placenta se complète de représentations médicales tantôt négatives, tantôt positives. Le placenta est considéré à la fois comme une source potentielle de contamination par un agent viral. Les connaissances scientifiques actuelles restent limitées, empêchant une prévention de type pasteurienne (Dozon, 2001 : 37) qui serait basée sur l'utilisation d'un vaccin et ne proposant qu'une prévention individuelle de type contractuelle (Dozon, 2001 : 41) qui invite chaque citoyen à se transformer en sentinelle, veillant à sa propre santé. Dans le même temps, les recherches génétiques allouent au placenta de nouvelles potentialités thérapeutiques plus proches des analogies rapportées par les données de l'ethnographie française entre produit de la délivrance et matière fertile. 
Perceptions et initiatives maternelles 

Les témoignages recueillis au sujet du placenta, en milieu urbain dans le cadre d'une étude ethnographique de la naissance dans un quartier populaire, ne font plus mention des visions positives qui prévalaient autrefois. Moment désagréable alors que la femme aspire au repos et à en terminer avec ces douleurs, la délivrance apparaît comme un rebondissement de la naissance. " Ça refait mal alors qu'on pensait être tranquille. " 

Cependant, la plupart du temps, ce moment semble n'avoir laissé aucun souvenir. Les femmes n'en parlent pas spontanément, et lorsque j'évoque cet épisode, au moins une sur deux ne s'en souvient plus. Si je décris la scène telle qu'elle est prévue dans les protocoles d'accouchement, elles disent ne pas avoir vu. Or l'examen du placenta se déroulant à proximité, à leurs pieds, comment ne pas voir. Certes, la position gynécologique qui prévaut en milieu hospitalier où la femme accouche en position allongée le haut du dos légèrement surélevé, les jambes mi-pliées et relevées n'est sans doute pas celle qui permet le mieux à la femme de voir ce qui se passe devant elle. Cependant il semble que la position physique ne soit pas le seul élément en jeu. En effet, l'attention des femmes semble avoir été captée par l'enfant, le conjoint, etc., elles n'ont pas prêté attention au placenta. 

Parfois, les incidents de la délivrance conduisent à une révision utérine et forgent un souvenir désagréable. De nouvelles douleurs, de nouvelles inquiétudes, un déroulement particulier de l'accouchement contraignent la mémoire. De même, celles ayant donné naissance à plusieurs enfants se souviennent parfois pour l'un des accouchements vécus d'une délivrance difficile et en déduisent qu'elles doivent avoir connu cette fois encore cette expulsion du placenta, même si elles ne s'en souviennent plus. 

Pour celles qui ont gardé l'image de ce moment, le souvenir est rattaché au désagrément de nouvelles contractions et au dégoût face à cette masse sanglante et molle.
" On ne voit pas bien et puis… C'est dégoûtant… Ça fait un peu penser à du foie d'bœuf… ".
Ce dégoût relaté contribue peut-être à la fréquence peu élevée des souvenirs de cet épisode de la délivrance. Les pères ne se souviennent pas davantage, mais partagent la même répulsion pour la vue de ce qui ressemble à un gros caillot de sang. 

Certaines ayant lu des magazines évoquent l'usage cosmétique du placenta. " Il paraît qu'on en fait des produits de beauté ! " : phrase hésitante qu'on me proposait souvent comme une question pour me demander confirmation de ce qui semblait incroyable. Ces femmes rarement fardées s'interrogeaient sur le décalage entre leur dégoût face au placenta et son usage pour conserver la jeunesse de la peau. 

Avec l'hospitalisation, c'est un nouvel agencement culturel de la naissance qui prévaut. Dans un territoire urbanisé et dans un contexte où la médecine prévoit le devenir des matières issues du corps humain, les anciens usages du placenta, rapportés par les récits ethnographiques ne trouvent que peu de place. Exceptionnellement réclamé par des familles issues de l'immigration, cet objet est la plupart du temps laissé aux soignants autant par ignorance que par consentement. 

Dans l'espace hospitalier, seules quelques expressions de pratiques différentes sont tolérées. Ainsi en est-il de cet objet situé à l'autre extrémité des matières de la délivrance, le cordon ombilical. En 1999, à la fin de la période d'observation dans cet établissement hospitalier, il semble que les soins au cordon sont de plus en plus simples. Une pince (ou clamp) est posée lors de l'accouchement avant la section du cordon ombilical. Le bébé est lavé, baigné dès le lendemain de la naissance. Quand l'auxiliaire de puériculture sort l'enfant du bain, elle l'essuie dans une serviette. Elle l'habille d'un body ou un tee-shirt. Elle lave le cordon, le sèche avec une compresse stérile et applique un antiseptique puis de l'éosine avant d'entourer d'une compresse et de mettre la couche. Hormis cette application du colorant rouge et la compresse qui protège le ventre du bébé du clamp, aucune attention particulière n'est prêtée à cet appendice. Quand le cordon tombe à la maternité, il est assimilé aux déchets hôteliers. À la maison, il est jeté avec les ordures ménagères. 

Cependant la simplicité des soins au cordon surprend plus d'une mère. Parfois certaines s'expriment sur ce qu'elles perçoivent comme une négligence… 


" M - Rien, la pommade pour les fesses du bébé, il n'y en a pas, ils n'ont plus de bande, ils mettent juste une compresse sur le petit nombril, ils disent que c'est mieux, que ça sèche plus vite ! Mais ils ne se doutent pas que c'est dangereux, si la couche frotte dessus, alors j'ai ramené une bande ; j'ai tout ramené : pommade, bande, tout ! Il faut quand même faire attention ! Il faut qu'il soit bien protégé, bien nettoyé ! D'ailleurs ma nièce qui a eu son bébé il y a deux mois, il n'est pas encore guéri, elle ne peut même pas lui donner le bain ! Elle a dit que c'est la faute à la maternité qui n'a jamais voulu mettre de bande ; on met la pince avec le morceau de cordon, et on met une compresse, ils ne mettent que la compresse, c'est tout ! Mais pour moi, c'est le sixième, on a toujours mis une bande, tout le temps ; le cordon part au bout de huit jours ! Tandis que le fils de ma nièce, il ne peut toujours pas prendre de bain, juste le tremper dans l'eau !
B - Alors là, vous avez mis une bande vous-même, ou vous avez demandé à la dame qui le baigne de mettre une bande : comment ça s'est passé ?
M - C'est moi qui ai ramené mes bandes : j'ai dit pourquoi vous ne mettez pas de bande, et ils m'ont répondu que maintenant, on n'en mettait plus, ça sèche plus vite, et j'ai dit non : j'allais continuer à en mettre !
B - La personne qui le lavait a-t-elle mis une bande ?
M - Oui. De toute façon, je trouve que c'est beaucoup moins dangereux. Elles disaient que les petits garçons, ça faisait pipi, beaucoup plus. C'est vrai dans un sens, mais avec la couche, quand ils sont changés en temps et en heure, il n'y a pas de problème ! " 

Il est intéressant à noter que du côté des femmes, comme du côté des auxiliaires de puériculture, la diversité des pensées à propos du cordon se traduit par des nuances dans les soins apportés au nouveau-né. Les points non précisés par le protocole des soins au cordon, loin d'être des travers, ont la vertu d'un espace de négociation possible entre les soignants et la mère. D'autre part, l'attitude conciliante du personnel à l'égard de cette mère réclamant la pose d'une bande ombilicale fait sans doute écho chez certaines à leurs propres souvenirs des soins aux nouveau-nés, apportés par elles ou autour d'elles, il y a quelques années. Ceci est d'autant plus sensible que les auxiliaires de puériculture sont des professionnelles de la santé qui se situent dans une plus grande proximité sociologique avec certaines femmes. Comme les aides-soignantes, elles sont en position intermédiaire entre les médecins, les sages-femmes, les infirmières d'une part, et les femmes d'origine populaire d'autre part (Arborio, 1993 ; Serre, 1998 ; Véga, 2000). 

Faut-il laisser le clamp posé à la naissance lors de la sortie ? Pour ce point, l'unanimité n'ayant pas davantage été acquise, certaines le laissent, d'autres l'ôtent. Les habitudes antérieurement acquises dans chacune des maternités se sont rapprochées. Ainsi en est-il pour les produits utilisés. En revanche, les savoir-faire développés par cette catégorie de personnel ne pouvaient probablement pas se confondre. Le protocole de soins stipule : À la sortie, enlever le clamp si la mère le souhaite… L'absence de consensus permet l'expression de la mère… sur un thème pour lequel, du point de vue médical, la santé de l'enfant et de la mère ne sont pas en péril. Ces deux conditions (absence de consensus et non implication médicale) limitent déjà beaucoup le champ d'intervention de la mère en milieu hospitalier. 

De plus, le dépouillement du protocole des soins au cordon s'inscrit dans une démarche générale de médicalisation progressive du discours préventif. Le délaissement antérieur d'autres points de caractère symbolique atteste ce courant évolutif. Ainsi, par exemple, la fontanelle n'est plus l'objet d'attention particulière durant la toilette. D'autres questions se posent en rapport avec des dosages biologiques. Le teint du bébé est surveillé en rapport avec le taux de bilirubine. Les tests sanguins sont effectués dans le cadre du dépistage de l'hypothyroïdie et de la phénylcétonurie. La position du bébé sur le dos durant son sommeil est proposée pour combattre la mort subite du nouveau-né : c'est contre les grands maux de notre humanité que la médecine s'érige en rempart, mais elle se fait discrète quant à la construction progressive du bébé qui était au centre des discours traditionnels. Elle confie ce domaine à la psychologie qui le plus souvent n'intervient que dans les situations jugées inhabituelles ou pathologiques, laissant un certain vide dans les cas les plus ordinaires. 
En conclusion 

Nous avons donc pu constater que le placenta est l'objet d'attentions de l'équipe soignante qui l'envisage d'un point de vue ontologique alors que traditionnellement ce sont les aspects relationnels qui étaient perceptibles dans l'intérêt des familles pour les produits de la délivrance. Cependant, cette ancienne préoccupation semble s'être effacée depuis que la naissance se passe en milieu hospitalier. Dans quelques espaces d'incertitude ou de désintérêt du personnel soignant peuvent parfois continuer à s'exprimer d'autres manières de penser et d'agir. C'est ainsi que nous avons entrevu que le cordon ombilical préoccupant peu les soignants, certaines femmes arrivent à imposer leurs compétences en la matière, compétences reçues dans des transmissions familiales ou lors de précédentes grossesses. Probablement, peut-on y voir une maigre concession à l'initiative maternelle. Cependant, cette attention à d'autres pratiques, vécues comme n'étant pas incompatibles avec les objectifs de l'hospitalisation de la naissance réclameraient non seulement de cultiver cette tolérance au cours de la formation initiale et continue, mais également de prendre en considération la charge de travail des soignants au sein des services. Admettre l'expression de pratiques plus diversifiées comme accroître le nombre de procédures possibles représente un certain coût en termes de formation et de temps disponible. Ces questions de la confrontation entre pratiques sociales et médicalisation ont probablement été vécues par les premières générations ayant donné naissance à leur enfant en maternité. Pour les familles vivant en France depuis plusieurs générations, elles restent d'actualité en raison de l'évolution des pratiques de puériculture. Elles sont également pertinentes en raison de la présence des femmes migrantes et, à ce titre, nécessiteraient qu'on leur consacre davantage d'attentions. 




Bernadette Tillard *
Maître de conférences en Sciences de l'Éducation
CREF - Université Paris X-Nanterre.

Bibliographie : 

- ARBORIO A.M. (1993), " Quand le " sale boulot " fait le métier : les aides-soignantes dans le monde professionnalisé de l'hôpital ", Sciences sociales et santé, vol 13, n° 3, p. 93-124. 

- BEAUVALET-BOUTOUYRIE S. (1995), " Faut-il supprimer les maternités ? ", in L'heureux événement : une histoire de l'accouchement, Paris, musée de l'assistance publique - hôpitaux de Paris, p. 63-73. 

- BELMONT N. (2003), " Naissance (anthropologie) ", Encyclopédie Universalis France. 

- DOZON J.-P. (2001), " Les modèles de prévention ", in D. Fassin & J.-P. Dozon, Critique de la santé publique, Paris, Balland, p. 23-46. 

- DUCOUDRAY A. M. (1773) Abrégé de l'art des accouchements, Châlons-sur-Marne, Bouchard. 

- DUFOUR R. (1988), Femme et enfantement, sagesse dans la culture Inuit, Québec, Papyrus, 114 p. 

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- LAURENT S. (1989), Naître au moyen âge de la conception à la naissance : la grossesse et l'accouchement (XIIe - XVe siècle), Paris, Édition Le léopard d'or, 255 p. 

- LEENHARDT M. (1947), Do Kamo, la personne et le mythe dans le monde mélanésien, Paris, Gallimard, 314 p. 

- LE BRETON D. (1992), Anthropologie du corps et modernité, Paris, PUF, 262 p. 

- LE GRAND - SEBILLE C. (1996) Naissances marquées, rituels manqués, Gradhiva, 19, p. 77-84. 

- LEVI-STRAUSS C. (1962), La Pensée sauvage, Paris, Plon, 347 p. 

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- NORVEZ A. (1990), De la naissance à l'école. Santé, modes de garde et préscolarité dans la France contemporaine. Paris, Puf, 463p. 

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- TILLARD B. (2002), Des Familles face à la naissance, Paris, L'Harmattan, 298 p. 

- VEGA A. (2000), Une ethnologue à l'hôpital, Paris, Editions des archives contemporaines, 212p. 

- VERDIER Y. (1979), Façons de dire, façons de faire, Paris, Gallimard, 347 p. 

- VERDIER Y. (1990), " La femme-qui-aide et la laveuse " in Jolas T,. Pingaud M.C., Verdier Y., Zonabend F. Une campagne voisine, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, p. 322-327.

mardi 21 avril 2009

:: Briser le tabou des menstrues ::

Je voulais vous parler d'un documentaire passé récemment sur ARTE qui aborde le sujet de manière humoristique et ludique et qui brise enfin un tabou de notre société, car après tout nous sommes des femmes et toutes concernées par les règles et ce sang dit "impur"....

Voici le descriptif du documentaire:


Une enquête drôle et décalée sur l’un des grands mystères et tabous de la féminité – les règles –, menée par une jeune baroudeuse pleine d’esprit.

Comme de nombreuses femmes, Diana, jeune trentenaire slovaque, souffre de règles douloureuses. Est-elle en bonne santé ? Ces spasmes ont-ils des racines plus profondes, familiales, sociales, culturelles, voire politiques ? Partant d’un questionnement intime, la jeune femme propose une enquête drôle et iconoclaste, mais on ne peut plus sérieuse, sur la question des menstruations – un sujet encore largement tenu secret et objet de nombreux préjugés. Car si les règles sont la promesse de fécondité, elles s’accompagnent essentiellement depuis des siècles et partout dans le monde de représentations négatives : impureté, instabilité de l’humeur, manque d’efficacité au travail, superstitions diverses et, dans de nombreux cas, lourds désagréments physiques et psychologiques. Malédiction ? Complot machiste ? Solidarité féministe ?… De Bratislava (sa ville natale) au Brésil, en passant par l’Espagne, Londres et Paris, Diana part à la chasse aux idées reçues et à la recherche d’éventuels remèdes. Une enquête décalée au cours de laquelle elle rencontre des médecins et des experts (anthropologue, sociologue, psychanalyste…), confie une caméra à une jeune fille de 12 ans qui témoigne de ses peurs avant l’arrivée des règles, organise des rencontres avec des femmes dans le même cas qu’elle… Un documentaire enlevé et plein d’humour, mêlant dessins d’enfants, animations, anciennes réclames et fausses publicités.

Un film qui ne cherche pas de réponse, mais ouvre des fenêtres, des perspectives dans l’objectif d’une émancipation par le seul fait de dire, savoir, échanger...

Vous pouvez voir des extraits de ce documentaire ici: http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Femmes/La-Lune-en-moi/2495626.html

Malheureusement je ne l'ai pas encore trouvé en streaming sur le net mais il vaux le détour.

En me penchant sur le sujet des menstruations en plus, j'ai découvert deux livres trèèèèèèèèèèès intéressants et que j'aurais aimé avoir au moment de mon passage de la jeune fille à la femme:

Le premier réconcilie vachement les femmes avec leurs cycles et disent bien qu'il faut célébrer chaque cycle qui fait que la femme est en accord avec la nature (bien sur si elle n'est as polluée de l'intérieur par des hormones artificielles). Bref, ce livre c'est "La femme lunaire" de Miranda Grey, mais il est épuisé depuis un bout de temps mais il est téléchargeable sur le net sous ce lien: http://cercledeesse.files.wordpress.com/2007/06/la-femme-lunaire-miranda-gray.pdf

Voici un extrait:

Comprendre votre cycle menstruel et l’interaction entre vous et lui est un processus pédagogique se produisant pendant toute votre vie, de la puberté à la ménopause. Il n’entraîne pas de modification secondaire dans les symptômes ou la régularité de votre cycle, mais vous commencez à comprendre, regarder et accueillir favorablement les facultés et composantes énergétiques induites par chacune de ses phases et vous les harmonisez dans votre existence. Vous aurez parfois du mal, en raison des exigences et obligations de la vie moderne, à prendre pleinement conscience de votre féminité. Vous serez néanmoins en mesure de restaurer le lien unissant esprit, corps et énergies créatrices chaque fois que vous en aurez l’occasion.
Conscience et connaissance acquises à la faveur du cycle menstruel croissent et décroissent comme la lune. La profonde compréhension acquise par le vécu d’une des phases peut disparaître au cours de la suivante, aussi la quête de sa connaissance s’apparente-t-elle à une spirale perpétuelle couvrant toute votre vie menstruelle, c’est un apprentissage toujours recommencé. La seule constante est le « tout de suite », la phase que, vous vivez sur le moment, la perception et la connaissance qu’elle apporte.
La Femme Lunaire s’ouvre sur un conte proposant des images de la nature féminine Cycle menstruel et présents de la féminité étaient autrefois des sujets de récits perpétuels, toujours perçus et interprétés différemment mais restant toujours les mêmes. Le récit de la nature féminine n’a pas de signification définitive, pas de commencement et pas de fin, mais il se déroule en vous toutes.

L'autre est Le Sang des femmes : Tabous, symboles et féminité (clic clic sur le titre pour en savoir plus). Je ne l'ai pas encore lu, mais je serais bien curieuse d'en savoir plus car je pense qu'il est vraiment temps de briser ce tabou que sont les menstruations.

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